Prévenchères, la maison rurale
par Emile Jourdan

Prévenchères en LozèreDans les différents villages, les maisons paraissent bâties sans ordre, quelquefois s'appuyant l'une contre l'autre par un mur mitoyen. Tout au plus peut-on noter qu'elles sont exposes au sud à cause des vents du nord et du froid.
La maison est bâtie partout avec les matériaux du sol : blocs de schistes à Prévenchères, granit à Albespeyres, grès à La Garde Guérin.
Les vieilles maisons deviennent rares. Depuis une dizaine d'années on bâtit des maisons de location à Prévenchères, tandis que dans les autres villages, grâce à la loi Loucheur et à la prospérité d'après-guerre, presque toutes les maisons habitées ont été amplement restaurées. Les autres sont tombées en ruines et les hameaux ont un aspect bizarre avec leurs maisons blanches et coquettes se dressant à côté de vieux murs noirs et croulants.
La vieille maison de Prévenchères avait des murs très épais (1 m.) et de très petites fenêtres. Les plan était simple. Au rez-de-chaussée, grande cuisine et petite souillarde. Une porte faisait toujours communiquer la cuisine avec l'étable mitoyenne. Au premier étage, une seule vaste pièce servait de chambre commune. Mais, comme la famille était nombreuse, cette chambre était divisée en compartiments par les greniers à seigle.
On appelait greniers de grands coffres de bois dont le devant était à glissière verticale et dans lesquels on rangeait le grain. Ces greniers étaient disposés entre les lits et l'on obtenait autant de compartiments qu'il était nécessaire.
Une partie importante de la vieille maison, c'était l'immense cheminée. L'âtre était au niveau du pavé de la cuisine. Une cheminée type au hameau du Raschas mesure plus de 3 mètres de long et 1m50 de profondeur. C'est une véritable pièce. La cheminée toute entière est bâtie hors de la maison, le mur principal étant creusé sur une hauteur de 2 mètres. La porte du four se trouve dans la cheminée à 50 centimètres de la crémaillère. Sur le côté à gauche une petite fenêtre donne du jour.

La Garde Guérin en LozèreIl existe encore quelques cheminées de cette sorte avec une petite fenêtre sur le côté. L'hiver on s'installe parfois à même dans la cheminée entre le fourneau de cuisine et le feu de bois et des fauteuils y sont à demeure. Autrefois on mettait dans la cheminée l' "archibon", sorte de banc formé d'une caisse sur laquelle on s'asseyait et d'un dossier; dans la caisse on mettait le sel.
Cette vieille maison-type disparaît. Dans l'agglomération de Prévenchères toutes les maisons ont été réparées. Cependant, au cours des réparations, on a respecté parfois certaine parties qu'on retrouve aisément. Souvent, on a surélevé le toit, on a remplacé les schistes par des tuiles, les murs ont été crépis et blanchis, la grande cuisine et la chambre commune ont été divisées par des cloisons.
En même temps le mobilier a changé. On trouve encore parfois ces vieux placards hauts de deux mètres, mobiles, sculptés, avec quatre ou cinq portes et qui occupent tout un côté de la cuisine. Il fallait des dimensions pareilles pour serrer les provisions de l'hiver, surtout la charcuterie. On ne trouve plus ces vieilles tables tournantes qu'on mettait devant la cheminée et qu'on repliait ensuite contre le mur, le repas fini. Mais on peut voir les grands rouets et si on cherchait dans les greniers on trouverait bien ces "ferrats" de cuivre munis de poignées qu'on mettait sur la tête pour aller chercher l'eau à la fontaine à la manière de l'orient.
Aujourd'hui chaque maison a son fourneau de cuisine qui paraît bien petit lorsqu'il est placé dans une vieille cheminée et les meubles modernes viennent détruire l'originalité faite d'une adaptation autrefois mieux conçue.
La Garde Guérin en LozèreChaque ferme a plusieurs bâtiments. La maison d'habitation, l'étable et le grenier sont souvent attenants. La porcherie et d'autres greniers se dressent plus loin. Ces bâtiments sont souvent groupés autour d'une petite cour parfois nauséabonde dans laquelle on entre par un petit portail en cintre surmonté d'une croix. A l'extérieur le four a la forme d'une petite cabane ronde avec son toit conique, recouvert de schistes.
Les étables sont toujours sous les fenils. Le plancher de séparation est très bas, à peine à la hauteur des cornes des vaches. Il est maintenu par des piliers de bois. Dans les vieilles fermes, les fenêtres des étables sont de toutes petites lucarnes à angle rentrant. On a voulu se défendre contre le froid. Le toit du fenil est formé de nombreuses poutres mal équarries qui reposent sur d'autres poutres verticales appuyées a leur tour sur les solives horizontales qui soutiennent le plancher. La construction est rustique. L'angle du toit est assez aigu à cause de la neige. Des schistes grossiers très lourds le recouvrent.
Le fenil est fermé par un portail de bois sans serrure maintenu par un simple taquet. La porcherie a des demi-portes pour l'aération.

Un Habitat groupé par hameaux.
La commune de Prévenchères se compose du village de Prévenchères au centre et de 17 hameaux appelés "villages". Aucune ferme isolée. Les 18 villages sont formés de quelques maisons groupées souvent attenantes. On ne peut pas dire que l'habitat soit dispersé. Il est groupé par hameaux.
La facilité d'avoir de l'eau est sans doute une des causes de ce grand nombre de hameaux. Les hameaux sont plus nombreux à l'ouest qu'à l'est parce que les sources y sont plus nombreuses. Mais l'eau n'a pas été la cause essentielle. La Garde Guérin a été bâti sur un plateau sec. Quand il a été indispensable d'établir une forteresse sur ce point stratégique, on a creusé dans le grès un puits de 22 mètres de profondeur et on a eu de l'eau. Si on n'avait rien trouvé, on aurait bu de l'eau de citerne (1). Chaque village a une ou plusieurs sources. Mais souvent l'eau n'est pas assez abondante. A Prévenchères et à La Fare on amène l'eau d'une source voisine.
La nécessité de se défendre contre les loups a été peut être une des causes du groupement de chaque village. Les loups étaient nombreux autrefois dans la région. En 1806 un loup emporte un enfant de cinq ans près de Villefort et trois jours après une petite fille près de Génolhac. On écrit en 1815: "Depuis cinq ans, les loups ont dévorés plus de 60 enfants dans les communes limitrophes du canton de Villefort" (2). Le 18 janvier 1823, un paysan qui va de Prévenchères à La Bastide est accompagné pendant trois heures par un loup (3). Pour lutter contre ces loups, on donnait des primes à ceux qui les tuaient : en 1815, 54 francs pour une louve pleine, 36 francs pour un loup, 45 francs pour une louve non pleine, 18 francs pour un jeune loup, 9 francs pour un louveteau (4).
(1) Ce puits n'est plus utilisé aujourd'hui. On amène l'eau d'une source située à un ou deux kilomètres au nord du village.
(2) D'après Ferdinand André. - Les ravages des loups en Gévaudan.
(3) D'après le Journal de la Lozère, 1823.
(4) D'après Ferdinand André. - Les ravages des loups en Gévaudan.

La Garde Guérin en LozèreMais la nécessité de se défendre contre les loups ne parait pas être une des causes déterminantes du groupement des villages, pas plus que la quantité des sources ne semble être une des causes du grand nombre de hameaux.
La dispersion de la population est due tout d'abord à la grande superficie de la commune qui s'étend à vol d'oiseau sur 14 kilomètres du nord au sud et sur 10 km d'est en ouest. Dans ce pays montagneux, coupé de vallées profondes, il est évident que les agriculteurs ne peuvent pas habiter à une dizaine de kilomètres de leurs terres.
Il y a des cas particuliers. La Molette et le Raschas ont peut être été d'abord des gites d'étape pour les muletiers (1). La Garde Guérin et le Roure se sont avancés au bord du plateau pour des raisons stratégiques. Partout ailleurs, le "village" est au centre des terres cultivables et c'est la terre cultivable qui en a déterminé l'emplacement.
(1) La Voie Régordane fut utilisée jusqu'en 1860. Jusqu'à cette date, les habitants de La Molette et du Raschas étaient presque tous des muletiers qui vivaient du transport des marchandises. (D'après le "Mémoire sur les deux lignes proposées pour le chemin de communication des provinces de Languedoc et d'Auvergne", Archives de la Lozère c. 1165. Il y avait sur ce chemin 100 muletiers avec 800 mulets). Voir aussi A. Mazon : Mes muletiers du Vivarais, du Velay et du Gévaudan, 1892.
Examinons le cadastre. Autour du village du Crouzet les champs sont tous très petits, irréguliers, aussi longs que larges. Tout près du village quelques-uns sont très petits : ce sont les jardins et les anciennes chenevières. Plus loin ils sont légèrement plus grands : ce sont les prés, les champs de seigle et de pommes de terre. Plus loin, sur la pente de la montagne, les champs sont très grands, très allongés, formant des rectangles réguliers: ce sont les pâtures.
Tout près des villages du Mont et de la Viale, les champs sont très petits, irréguliers : ce sont les châtaigneraies. Beaucoup ne dépassent pas un arpent. Plus loin quelques terres labourables, plus loin pâtures et terres vaines.
La Garde Guérin en LozèreExaminons le relief. Prévenchères se place sur les alluvions du Chassezac, en un point où la vallée est un peu plus large, un peu moins sauvage et où on peut encore cultiver quelques terres sur les flancs moins abrupts. Le Rieu, le Crouzet sont dans une vallée, La Fare, l'Hermet sur un plateau. Partout le village se place au milieu de la terre cultivable, loin des pentes abruptes. Il est petit à cause du peu d'étendue de la terre cultivable et de la grande surface des terres vaines. Chaque village est au centre de son exploitation séparé du village voisin par ces terres vaines et ces pentes croulantes. Il est groupé à cause du régime agraire. La polyculture était une nécessité autrefois plus encore qu'aujourd'hui. L'économie associait étroitement la culture et l'élevage. Le terroir a été découpé de telle sorte que chaque village s'est établi au centre des terres cultivables indispensables pour sa subsistance, tandis qu'il abandonne le reste au troupeau commun. C'est donc l'organisation de l'exploitation du sol qui a délimité les hameaux ou villages. Les anciennes forêts se placent encore à la limite des hameaux.
Pourquoi ces 18 hameaux se sont-ils groupés ensemble pour former la commune de Prévenchères? Beaucoup de communes du département de la Lozère s'étendent sur d'aussi vastes espaces. C'est peut être parce que dans ce pays qui vit en économie fermée, la nécessité d'un centre proclie ne s'impose pas comme ailleurs. La commune est constituée par 3 paroisses d'Alzons, Prévenchères et La Garde. Prévenchères est plus central qu'Alzons ou La Garde. Un plus grand nombre de hameaux sont a proximité. Situé près de la voie Régordane, assez loin d'elle pour avoir une certaine sécurité, à un point où la terre était assez fertile et la forêt plus dense, le hameau de Prévenchères a pu être peuplé bien avant la plupart des autres hameaux et c'est lui qui a donné son nom à la commune.
Les limites d'une commune sont parfois immuables. Ici elles ont souvent varié. Le hameau de Bayard, aujourd'hui dans la commune de Villefort, était dans la paroisse de Prévenchères en 1680. Le 1er floréal, an II, Puy Laurens, aujourd'hui commune de La Bastide, demande de rester attaché à Prévenchères (1). Cela montre que les relations entre Prévenchères et ses hameaux ne devaient pas être tellement étroites. Elles le sont devenues depuis. Si la commune a plusieurs églises, plusieurs écoles, plusieurs bureaux de vote, Prévenchères seul aujourd'hui a la mairie, la gare, le bureau de poste, des hôtels, des magasins. C'est un centre. A cela il doit d'être devenu une petite station estivale.
(1) Archives de la Lozère. Série L., 193.

Train TER de Nîmes à La Bastide-Saint Laurent-les-Bains Le village de Prévenchères est à 840 mètres d'altitude. C'est une hauteur moyenne qui convient aux enfants. La Bourboule est à 850 mètres. Le climat est un peu venteux, mais il n'est pas humide. La saison estivale se prolonge plus longtemps qu'à l'intérieur du Massif Central, et ce tout petit village commence à devenir quelque peu fréquenté pendant l'été.
Plus encore qu'à son altitude, il le doit aux facilités des communications et à la proximité du Bas-Languedoc. Pas d'autobus, mais les express eux-mêmes s'arrêtent à la petite gare sur la ligne de Nîmes à Langogne. Les estivants sont presque tous des environs de Nîmes et d'Alès, quelques-uns de Montpellier, d'Avignon, des Bouches-du-Rhône. La plupart sont de condition moyenne. Souvent des mamans s'installent pour un mois avec leurs enfants. Les maris viennent les retrouver chaque samedi. Ils passent le dimanche en famille et redescendent à leur travail.
La cure d'air à Prévenchères est assez récente. En 1900 il y avait a peine un dizaine d'estivants. Les principal des deux hôtels bâti en 1898 n'avait que 8 chambres et n'était guère fréquenté que par les voyageurs de passage. Il en a 29 aujourd'hui. Dans ces hôtels environ 90 estivants séjournent chaque année trois semaines ou un mois.
9 maisons de location, presque toutes reconstruites depuis la guerre, ont chacune deux appartements et abritent environ 80 personnes pour une partie de l'été. Les logements sont chers : 300 francs la pièce pour la saison.
Une colonie de vacances, œuvre catholique fondée par un père de Montpellier, reçoit 150 enfants et jeunes gens des patronages de Montpellier, Béziers, Orange, Le Vigan. Elle s'est développée surtout depuis la guerre.
Enfin les habitants du village ou des hameaux voisins accueillent souvent des parents qui viennent s'installer chez eux pendant l'été.
Cette saison estivale est d'un revenu important pour la commune. Une maison de 5 pièces rapporte 1500 francs. Les paysans vendent le lait, le beurre, le fromage, les légumes, les volailles. Les hôtels occupent du personnel. Les villégiateurs doivent laisser une somme qui peut être évaluée à 100.000 francs au cours de la saison (prix de 1936). Sur cette somme, il faut bien compter plus de la moitié de bénéfice net pour le pays.
Prévenchères en LozèrePlacé entre Villefort et La Bastide plus mondains et plus connus, Prévenchères ne pourra guère acquérir à ce point de vue un grand développement. Mais s'il y avait un peu plus d'initiatives, les estivants seraient plus nombreux. L'approvisionnement est difficile. Le boucher de La Bastide ne passe que deux fois par semaine. Pas de marchands de légumes. Il faut courir chez les gens du pays pour s'en procurer. Pas de docteur. En cas de maladie, il faut téléphoner à La Bastide ou à Villefort. Pas de confort. L'électricité produite dans le village éclaire à peine. Pas de garagiste, un seul poste d'essence. Aucune distraction, pas le moindre cinéma. Le site lui-même n'est pas beau. Les schistes sont noirs et les pentes désolées. Seuls les bords du Chassezac sont verts par endroits et les pêcheurs y poursuivent la truite.
Une petite organisation pourrait bien atténuer tout cela. Ne pourrait-on pas rendre l'approvisionnement plus facile, obtenir un éclairage convenable, faire de la propagande pour ces gorges si pittoresques de Chassezac sur la route toute récente de Puylaurent. Prévenchères pourrait surtout devenir plus encore qu'il ne l'est une station pour enfants. Un petit coin tranquille, à 800 mètres, où l'on peut respirer et s'ébattre librement est ce qui convient le mieux à nos enfants de la plaine tous anémiés par les chaleurs en juillet août.
En somme Prévenchères reste un village. Il conserve encore l'empreinte de cette économie fermée qui fut celle de tant de générations. C'est son originalité. Cette empreinte, encore forte dans les hameaux, s'efface cependant petit à petit du chef-lieu. L'influence des estivants, - à laquelle il faut ajouter celle du chemin de fer, de la guerre, - se traduit sur l'aspect du village. Le désir de profiter du site et de louer sa maison a été la cause des premières réparations. L'imitation, l'amour-propre, la loi Loucheur et une petite prospérité aidant, presque tout le monde a fait restaurer sa maison. Tandis qu'en 1900 Prévenchères avait l'aspect d'un vieux village avec ses murs non crépis et ses toits de schistes, aujourd'hui presque toutes les maisons ont l'allure de petites villas toutes neuves qui, confuses, semblent s'écarter de la petite place ou se trouve la vieille église auvergnate témoin du passé.

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