Prévenchères, l'exploitation agricole
par Emile Jourdan

Prévenchères en LozèreLes cultures fournissent la nourriture de la famille. De vastes terrains ne peuvent servir que pour le parcours des moutons. La roche affleure souvent. Beaucoup de pentes sont croulantes. Les plateaux sont secs. Le fond des vallons est parfois trop humide. Les terres cultivables sont très restreintes.
Aussi la culture est-elle restée ici ce qu'elle été autrefois pour toute la France, une activité nécessitée par la nourriture.
Un champ s'accroche tout seul sur une pente au milieu de terres vaines, un autre entaille le plateau desséché. On a défriché parce qu'il le fallait.
L'élevage n'est pas d'un rapport suffisant pour faire vivre une famille. Il faut tirer ce qui manque de la terre qu'on possède.
La surface cultivée décroit avec la population. Tel village voit le nombre de ses habitants diminuer de moitié. Des champs marqués "terre labourable" sur le vieux cadastre sont aujourd'hui inculte. Des genêts ont poussé; on les coupe pour le boulanger.
Si l'on voulait produire pour la vente, il faudrait louer des ouvriers agricoles. Les salaires sont chers, les prix de vente des produits sont peu élevés. Ce serait une perte.
Le paysan lozérien a trouvé l'équilibre de son budget. L'élevage lui fournit l'argent indispensable pour la vie. Il ne demande à la terre que sa nourriture, mais il la demande toute ou presque toute.
Prévenchères en LozèreLe seigle seul peut pousser dans ces cols argileux. On en sème a peine pour récolter la nourriture de l'année et la semence prochaine. Chaque propriétaire ensemence 1 à 3 hectares de seigle. La statistique agricole de 1918 indique 4 propriétaires sur 76 qui ensemencent plus de 3 hectares. Le maximum est 5.
On sème de 10 à 12 doubles décalitres par hectare. Chaque double décalitre en produit 4 ou 5, 8 au plus.
Soit un propriété ou on ensemence 2 hectares. Il faut 22 doubles décalitres de semence. Avec une moyenne de production de 5, on récolte 110 doubles décalitres. Il faut en garder une vingtaine pour la semence de l'année suivante. Il en reste environ 80. Ce n'est pas suffisant pour la nourriture d'une famille de 5 personnes dans un pays ou on mange beaucoup de pain (1).
(1) Un double décalitre de seigle pèse environ 14 kilogs. Chaque hectare produit 55 à 60 doubles décalitres. Le rendement à l'hectare est donc de 7 quintaux 70 à 8 quintaux 40, soit 8 quintaux en moyenne, ce qui est peu.
Autrefois chaque hameau avait son moulin à eau. Aujourd'hui le moulin du village de Prévenchères tourne seul. Mais il est peu perfectionné. La mouture est mal faite. Il travaille peu. La plupart des paysans vendent leurs grains au meuniers de Langogne qui leur donnent en échange une farine bien tamisée avec laquelle ils fabriquent leur pain.
Car ici chaque famille pétrit encore son pain de seigle et le cuit à son four particulier. On tend cependant à n'employer qu'un four par village.

Prévenchères en LozèreSeul au village de Prévenchères est installé un boulanger. Mais il ne fabrique du pain de blé que pour une partie de la population et pour les estivants. Tous les paysans du village pétrissent leur pâte et viennent faire cuire le pain de seigle au four du boulanger une fois par semaine, le mercredi.
Cependant, la provision de farine étant presque toujours insuffisante, le dimanche, les jours de fête, une ou deux fois par semaine, on achète du pain chez le boulanger.
Après le seigle, la culture principale est la pomme de terre. Elle suffit moins encore à la nourriture de la famille.
Chaque propriétaire a un jardin. Quelques prés fournissent le foin pour l'hiver. Ces prés sont parsemés de pommiers, de pruniers et quelques pêchers. Ils sont parfois bordés de noyers (1).
(1) Depuis deux ans, grâce à l'initiative du syndicat agricole de Villefort on a planté beaucoup d'arbres fruitiers, surtout pommiers et pêchers, dans toute la région et en particulier à Prévenchères, au sud de la commune.
Prévenchères en LozèreDans le sud de la commune quelques rares vignes aux endroits les plus abrités sont loin de donner la provision de vin de la ferme car la consommation est assez importante.
Il faudrait aussi noter quelques rares champs d'avoine, de navets fourragers, de choux-fourragers et de maïs qu'on sème pour faire manger en vert aux vaches.

Un pays où le sol ingrat n'est cultivé que pour la nourriture personnelle est le pays type du petit propriétaire exploitant lui-même son domaine avec l'aide de sa famille.
En 1918, les 76 propriétaires de la commune étaient ainsi répartis:
moins de 10 ha .. .. .. .... .. ..   18
de 10 à 50 ha .. .. .. .... .. .. ..  41
de 50 à 100 ha .. .. .. .. .. .. .. 14
plus de 100 ha .. .. .. .. .. ......  3
Prévenchères en LozèreMais la plupart de ces surfaces sont des pacages. La répartition des têtes de bétail correspond mieux à celle des richesses. Celui qui possède 100 moutons et 10 vaches est un gros propriétaire. Celui qui possède 20 moutons et 2 vaches en est un petit.
Presque tous les propriétaires sont exploitants. Il n'y a actuellement que 5 fermiers dans toute la commune. Encore ces fermiers ont-ils un petit troupeau personnel. En 1881 il y avait 105 propriétaires exploitant leurs terres et 9 fermiers. On n'emploie presque pas d'ouvriers agricoles.
La commune de Prévenchères ne possède aucune ferme isolée. Les 18 hameaux qui la composent sont tous formés de quelques maisons groupées, souvent attenantes. Le village est le centre de l'exploitation. Les jardins sont tout près des maisons, les cultures aux abords même du village, les pacages plus loin sur les sommets ou les pentes voisines. Les terres de chaque exploitation sont dispersées, enchevêtrées dans les domaines voisins. Chaque village a ses communaux particulier où va paître le troupeau commun.

La Technique Agricole - L'Economie Rurale
Les engrais ne sont presque pas employés. Le bétail fournit le fumier nécessaire à la petite exploitation.
Comme dans toutes les petites propriétés, il y a une grande diversité dans le matériel agricole qui est plus ou moins modernisé suivant l'étendue de l'exploitation et les capitaux disponibles.Le paysan lozérien n'est pas riche. Mais à cause de sa vie frugale, loin de toute grande ville invitant aux dépenses, parce qu'aussi la terre lui donne la nourriture en ces temps de vie chère, il a bien souvent un petit pécule. Et quand l'emploi de la machine lui permet d'économiser la main-d'œuvre ou de produire davantage, il n'hésite pas.
Prévenchères en LozèreTel propriétaire moissonne à la faucille, tel autre a une moissonneuse qu'il fait tirer par ses bœufs.
On voit encore de vieux rouleaux de pierres abandonnés au coin des fermes au sud du village de Prévenchères. Mais la encore nous sommes à une limite. Le rouleau n'était employé que dans les pays chauds où il faut moins de force pour séparer la paille du grain. Au village de Prévenchères, les propriétaires qui récoltent peu de seigle battent encore le blé au fléau pour éviter les frais occasionnés par une batteuse. La limite entre les régions où l'on emploie le rouleau et celles où on emploie le fléau passe donc au milieu de la commune. Cependant l'usage de la petite batteuse se généralise de plus en plus.
La terre est légère. On emploie surtout une petite charrue sans roue à double versoir, ordinairement tirée par des vaches. Une paire de bœufs représente un gros capital. Les terres labourables ont très peu d'étendue. Les bœufs seraient inutilisés une grande partie de l'année. La vache donne sont lait, un veau, et le labour de ces terres légères ne la fatigue pas trop. Seules les propriétés les plus étendues emploient une paire de bœufs.

Prévenchères en LozèreOn se servait autrefois de charrues de bois sur lesquelles ont clouait des morceaux de fer pour empêcher l'usure. Il en reste encore quelques-unes qu'on utilise pour la dernière façon des pommes de terre.
Comme dans tous les pays montagneux les charrettes sont courtes. L'intérieur a deux mètres de long. Elles ont un seul timon médian sur lequel on attelle les vaches par un simple morceau de fer en forme d'anneau fixé au bout.
Pour le transport du foin avant la guerre on mettait un petit tour de bois presque à l'extrémité du timon. Depuis une dizaine d'années on adapte à la charrette un cadre de bois à claire-voie de 2 mètres de haut.
A chaque ferme un plan incliné permet à la charrette de monter à même dans le grenier toujours placé au-dessus de l'étable.
Beaucoup de propriétaires des hameaux ont encore des mulets. Ils le chargent d'un bât avec une grande corbeille d'osier de chaque côté. Ils apportent ainsi au marché beurre, fromages, œufs, volailles et même châtaignes et rapportent les provisions d'épicerie, le pain blanc et divers autres achats.
Les prés et jardins sont presque tous arrosables. De petits canaux appelés béals détournent les eaux du Chassezac et de ses affluents
Il serait intéressant de connaître le rapport moyen d'une propriété. C'est assez difficile et certainement variable. Il y a sans doute plus d'économies qu'on ne pense. L'étude de la population montrera un exode souvent moins grand que dans d'autres campagnes de France.

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