Prévenchères à la limite du châtaignier
par Emile Jourdan

Prévenchères en LozèreLe retard de la végétation sur les communes plus méridionales de Villefort ou de Génolhac est souvent très préjudiciable pour le châtaignier. L'épanouissement de la fleur mâle et de la pollinisation doivent se produire assez tôt pour permettre à la châtaigne de se former. Que le retard s'accentue par suite d'un été froid, elle se fera mal ou pas. Au mois d'août, quand on termine la moisson, les fleurs mâles doivent être tombées:
Fau que lou rastel
Emporto lou chadel.
(Il faut que le râteau emporte les fleurs mâles, qui ont la forme d'une chandelle).
Dans les Cévennes méridionales, la prolongation de l'automne permet au fruit du mûrir. Plus haut, la précocité de l'hiver l'en empêche.
Aussi, à Prévenchères, le châtaignier ne couvre-t-il de grandes surfaces qu'au Sud de la commune, vers La Garde Guérin, autour de ceux de la Viale et du Mont, à la limite de la commune de Villefort.
Au Nord de La Garde Guérin, les châtaigneraies n'occupent que les pentes tournées vers le Sud dans les vallées transversales. On en trouve autour du hameau d'Alzons, sur les pentes abritées de la vallée de la Borne. Près du village de Prévenchères, dans la vallée du Chassezac, assez ventée, seuls quelques châtaigniers bordent les champs dans les endroits les plus abrités. Au Nord-Ouest de la commune, il n'y en a plus.
Le châtaignier serait pourtant à sa place dans les sols de schistes et de granit. Seul, le climat empêche son extension. La châtaigneraie qui couvre les derniers adrets est parsemée de chênes, de frênes et de hêtres. Elle se laisse envahir par les plantes les plus résistantes au froid.
Cette étendue du châtaignier n'est guère plus restreinte qu'autrefois. Un document sur l'état des bois dans la paroisse de Prévenchères en 1725 indique : "Dans les villages de La Viale, Albezon, Cajar, Alzons et Chalbos, il y a des bois châtenets" (1). C'est précisément autour de ces hameaux que s'étendent aujourd'hui les châtaigneraies. L'examen minutieux de l'état des sections du cadastre de la commune de Prévenchères de 1812 nous a montré également qu'à cette date, les châtaigneraies n'occupaient guère une plus grande surface qu'aujourd'hui. Seuls quelques propriétaires ont arraché des arbres et ils n'ont pas replanté.
(1) Etat des vaccantes, bruyères, bois communaux de la paroisse de Prévenchères. Archives de la Lozère, C 486. Le hameau ou village de Cajar n'existe plus aujourd'hui.
Dans le Sud, la châtaigneraie tend à diminuer à cause de la maladie de l'encre qui sévit depuis une vingtaine d'années. La racine du châtaignier pourrit et l'arbre meurt. Les marronniers, arbres de bon rapport, sont malades les premiers. Les jeunes châtaigniers sont attaqués comme les autres. On a essayé de combattre cette maladie en greffant des châtaigniers autochtones sur des plants du Japon, mais les résultats n'ont pas été bons.
Prévenchères en LozèreDans le Nord de la commune, les châtaigniers n'ont pas la maladie de l'encre, peut-être parce qu'ils forment des bouquets séparés les uns des autres.
La matrice cadastrale actuelle indique 356 hectares de châtaigniers sur un total de 5.932 hectares. Elles sont souvent petites. Beaucoup ne dépassent pas les 30 ares.
Autour du village de Prévenchères, les châtaignes ne sont pas d'un grand rapport. Quelques unes sont vendues. On garde les autres pour la nourriture d'hiver. Dans le Sud, on les récolte pour la vente. Elles ne sont pas gaulées. On les ramasse à terre. Si la baugue est fermée, on la presse avec le pied et la châtaigne sort. Les sacs pleins sont portés à la ferme sur le bât des mulets et vendus en gros à des commerçants au marché de Villefort, le lundi ou le jeudi.
On y trouve des espèces variées. Les meilleures sont les marrons. Envoyés aux confiseries, ils sont concurrencés par les marrons de l'Ardèche, d'une saveur plus fine, peut-être à cause de la qualité du terrain, et surtout par les marrons d'Italie, plus gros. Il y a 62 marrons de la région au kilo, tandis que l'Italie en fournit à 55 au kilo.
La seconde qualité est la platette, la troisième, l'aiguillonne. Toutes deux sont expédiées dans les villes, St-Etienne, Lyon, Paris, surtout pour les rôtisseurs des coins de rue, mais aussi pour la vente aux ménagères. On en envoie aussi dans la Haute-Loire et le Cantal où la consommation est plus grande que dans la plaine.
Les "premières" sont d'un bon rapport à cause des prix. On désigne sous le nom de communes, toutes les châtaignes de qualité inférieure. Elles sont vendues dans les mêmes régions.
Prévenchères en LozèreAux hameaux du Mont et de la Vial, la récolte des châtaignes exige une main-d'œuvre étrangère. Mais les salaires sont élevés: 10 à 12 francs par jour et la nourriture en plus en 1935, de 5 à 6 francs pour les communes, de 12 à 14 francs pour les platettes, de 25 à 30 francs pour les marrons. Aussi, les paysans n'emploient-ils presque plus d'ouvrier. Il en faudrait 40 pour les deux hameaux. On n'en a loué que 2 en 1935. Chaque propriétaire ramasse avec sa famille, les châtaignes de bonne qualité, puis tout ce qu'il peut des autres, et il laisse le reste.
Quand le prix est assez rémunérateur, on vend les châtaignes fraîches. S'il est trop bas, on prépare des châtaignes blanches. Il faut trois doubles décalitres de châtaignes fraîches pour obtenir un double-décalitre de châtaignes blanches. Les châtaignes une fois cuites étaient autrefois battues en famille à l'aide de petites pelles spéciales pour enlever la peau. Aujourd'hui, cette opération est faite à l'aide de machines. Les châtaignes blanches sont vendues à Villefort aux mêmes négociants. Ils les expédient presque toutes dans la Corrèze, qui en fait une grande consommation.
On évalue à 340 quintaux le total des châtaignes récoltées dans la commune (1). C'est paraît-il le tiers de ce qu'on produisait jadis. Il est bien difficile de vérifier ce nombre. Parmi les causes de la crise, la plus grave est la diminution de la consommation. Partout on mange plus de légumes, plus de viande et moins de châtaignes. La "pielado", châtaigne pelée et cuite à l'eau ou la châtaigne rôtie qu'on mange avec la piquette, et le "cousinat" ou soupe de châtaignes blanches se perdent même dans la région. Cependant, la châtaigne est un aliment excellent. Pourquoi n'organiserait-on pas une habile propagande comme on a fait pour la banane ou la raisin? C'est l'initiative qui manque.
(1) D'après la statistique agricole de 1932, la seule faite sérieusement. M. Agulhon, instituteur, en a été chargé et il est allé se documenter sur place. Les statistiques des années suivantes ne sont que la copie de celle de 1932.

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