Prévenchères, une commune au nord des Cévennes
par Emile Jourdan

Prévenchères en LozèreDe nombreuses routes venues du Languedoc s'élancent vers le Nord à l'assaut des Cévennes, pour gagner ensuite le Gévaudan et l'Auvergne. L'antique voie Régordane qui monte de Nîmes à Langogne fut toujours l'une des plus fréquentées.
Avant d'atteindre la ligne de partage des eaux et l'Allier naissant, on traverse la vaste commune de Prévenchères, qui s'étage de 700 à 1200 mètres d'altitude sur une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau entre Villefort et St-Laurent-les-Bains. Cette commune est un vrais talus. La vieille route entaillée dans le roc longe les crêtes. A mesure qu'on monte, l'horizon s'élargit depuis les montagnes du Goulet et du Lozère à l'Ouest jusqu'aux plateaux entaillés par la Borne à l'Est.
Sommes-nous encore dans les Cévennes ? Les schistes sériciteux qui se découpent en épaisses pierre plates luisent moins au soleil que ceux de St-André-de-Valborgne. Le paysage n'est pas aussi riant que celui des vraies Cévennes, entre l'Aigoual et le Lozère. Dès le collet de Villefort, les pentes nues et noires donnent une impression de tristesse. Les ravins sont profonds mais les crêtes qui les séparent sont moins aiguës.
Pour les habitants de Villefort, le mot "Cévennes" indique nettement la région qui commence au Sud du collet, dès les hameaux des Bastides et de la Reidarié. Les archives municipales de Villefort ne laissent aucun doute à ce sujet. Dans un délibération du 7 juillet 1798 (19 messidor an VI), on lit: "Le faubourg des Cévennes ou du Midi ou du Clédou, reçoit son nouveau nom: Faubourg du Gard" (1). Une délibération du 28 octobre 1779 donne une précision plus grande encore: "Une grande inondation a ravagé la région des Cévennes (Sud de la ville)" (2). Ces deux textes correspondent aux témoignages des habitants actuels. Le peuple ne désigne sous le nom des Cévennes, que le rebord s'élevant immédiatement au-dessus des plaines languedociennes. Villefort est situé déjà un peu plus vers le Nord. Il n'est plus dans le Cévenne.
(1) Aimablement communiqué par M. Chauvet, professeur en retraite a Villefort.
(2)Idem.
Prévenchères en LozèreA quelle région rattacherons-nous Prévenchères ? Le Gévaudan est un province et non une région géographique. A une quinzaine de kilomètres au Nord de la commune apparaissent les premiers lambeaux de basalte du Velay. Au Nord-Ouest, dès la plaine de Montbel, commence la Margeride. Au Nord-Est, les schistes cèdent bientôt la place au gneiss du Tanargue, puis au granit: ou on entre dans le Vivarais.
Prévenchères n'est donc pas dans une région naturelle bien définie. En géographie, les transitions ne sont jamais brusques. Ici, l'économie n'est plus cévenole. La maison rurale annonce déjà les fermes de la Margeride et du Velay. On danse la bourrée. Mais les paysans sont plus ouverts et moins sauvages que ceux des régions plus élevées. Les châtaigniers qui recouvrent les adrets, les schistes qui croulent sur les pentes donnent au paysage quelque chose de cévenol. Les relations ont lieu surtout avec Nîmes et non avec Mende ou avec la vallée du Rhône. La commune de Prévenchères est dans une zone limite. Nous pourrions peut-être la ranger dans les Cévennes septentrionales.
On serait tenté de rechercher dans l'histoire, une trace de cette imprécision des limites géographiques. Au XIIe siècle, la paroisse de Prévenchères faisait partie du diocèse d'Uzès (1). Elle semble avoir été rattachée de bonne heure au diocèse de Mende. Mais il est bien difficile de savoir s'il y a eu vraiment des changements dans la limite des diocèses ou si nous avons là un de ces enchevêtrements de province si fréquents au Moyen Age (2). La lutte qu'on croit apercevoir entre les deux diocèses avant l'époque d'unification du Languedoc a pu avoir des causes stratégiques. Les ducs d'Uzès avaient intérêt à posséder la forteresse de La Garde Guérin  qui commandait leur pays au Nord. Les évêques de Mende voulaient garder la grande route qui traversait leur domaine à l'Est.
(1) D'après le Docteur Barbot. Description de l'Eglise de Prévenchères. In Bulletin de la Société des Lettres et des Arts de la Lozère 1910. L'Eglise de St-Pierre de Prévenchères est citée dans une bulle de Calixte II du 28 juin 1119.
(2)Dans les archives du chapitre de Mende (Liber Igneus), on lit: "La chapelle de Saint-Loup (de Villefort) était au Moyen Age un prieuré important du diocèse d'Uzès, mais dépendant du prieuré de Prévenchères. Il en fut démembré vers le milieu du XIIIe siècle". Ce renseignement communiqué par M. l'abbé Bernard, curé à Laubert (Lozère), peut laisser supposer qu'il y a eu un enchevêtrement.
Prévenchères en LozèrePlus que la limite des diocèses, la limite des religions est apparente. Elle en découle peut-être. Dès Villefort, plus de ces petits temples protestants qui se cachent comme des chapelles dans la verdure. Le pays est fortement catholique.
Mais ce sont des faits géographiques qui marquent, à Prévenchères, le caractère de commune-limite.
Le sol n'est pas formé partout de schistes. Au Nord-Ouest se trouve un lambeau de gneiss près de la commune de Puy-Laurens. Au Sud, s'étend le granit recouvert par deux petits plateaux de grès du trias.
Le relief n'est pas uniquement tabulaire comme a Chasseradès ou à Puy-Laurens. Il ne forme pas une pente à peu près continue comme dans les vastes Cévennes. Au plateau du village de l'Hermet au Nord succèdent des abrupts de 400 mètres au fond desquels coule le Chassezac en des gorges sauvages. Vers le Sud, La Garde Guérin, le Mont et la Viale se dressent aussi sur un plateau surplombant d'autres gorges du Chassezac ou de l'Altier. L'ensemble de la commune est un versant constitué par deux immenses gradins.
Le climat a déjà une certaine rigueur. Les récoltes sont assez tardives. La moisson est a peine commencée a la Madeleine (22 juillet).
La Madeleno
S'en vai pas sèn javelo
Aussi le paysan craint-il la pluie d'août qui empêcherait de finir la moisson et de rentrer les foins, tandis qu'il souhaite la pluie de septembre qui grossit les châtaignes.
Lou boun Dièu nous preservo
De los fongos d'aoust
E de la secharesso de sètembre.
Prévenchères en LozèreUn peu plus au Nord, vers Langogne et Châteauneuf de Randon, la moisson est plus tardive. Les battages ne se font qu'en septembre et l'hiver arrive plus tôt. On dit:
Quand la plato peto
E que la rabisso sèn
L'iver es aqui.
(Quand le fléau bat et que les raves sentent, l'hiver est là).
A Prévenchères, l'automne a de belles journées. Mais il est plus court que dans les vraies Cévennes ou le Bas-Languedoc. Dès la fin octobre et le début de novembre, le froid commence.
Per Sèn Simoun (28 octobre) e Sèn Justo (10 novembre)
Arrabo ta rabo qu'es maduro
Que siegue maduro o noun,
Arrabo-la qu'es la sesoun.
(Arrache ta rave, elle est mûre. Qu'elle soit mûre ou non. Arrache-la, c'est la saison).
Cependant, ici on ne cultive les raves que pour la provision. On les arrache à cette date, mais elle sont mûres. Ce dicton est sans doute connu a cause de l'immigration du centre de la Lozère, pays auquel il se rapporte mieux.
Le dicton sur la neige que tout le monde répète ici semble aussi originaire d'un pays légèrement plus froid:
Per Sèn Lu (18 octobre)
 La nèu es per lous trucs (sommets)
Per Toussoms (Toussaint)
Courre per lous choms (champs)
Per Sen Marti (11 novembre)
Per tous cami
Per Sènto Caterino (25 novembre)
Intro dins la cousino.
Prévenchères en LozèreMais il est vrai qu'à Prévenchères la neige tombe en novembre, moins abondante tout de même que ne le laisse supposer le proverbe.
L'épaisseur de la neige est très variable. Il faudrait des observations faites sur un grand nombre d'années pour obtenir une moyenne qui ne soit pas trop fausse. Une opinion très répandue est que la neige était plus abondante autrefois qu'aujourd'hui. La variation de l'épaisseur de la neige a dû être toujours très grande, mais on ne se transmet peut-être oralement que les détails d'une année exceptionnelle.
L'épaisseur moyenne actuelle est de 50 cm. à Prévenchères, La Fare, La Molette dans les endroits découverts où la neige n'est pas accumulée. Certaines années n'ont pas de neige (1938). D'autres ont une épaisseur de 1 mètre (1917-1918) ou même de 1 m. 50 (10 mars 1935).
Fréquemment, le vent soulève la neige, la fait tourbillonner et l'accumule dans les endroits abrités comme dans la vallée de Chassezac à Prévenchères. Les tas de neige accumulée peuvent atteindre parfois une dizaine de mètres (1).
(1) Ces détails ont été aimablement communiqués par M. Agulhon, instituteur honoraire à Prévenchères.
La neige est beaucoup moins abondante à Prévenchères que dans les communes voisines du plateau, telles Chasseradès. A Prévenchères, la circulation de trains est parfois interrompues à cause de la neige (pendant 5 ou 6 jours en 1935), mais c'est assez rare et la construction de la ligne n'a pas nécessité des travaux particuliers. A Chasseradès, au contraire, on a dû construire des tunnels pare-neige et des barrières sur la ligne de La Bastide a Mende, aux endroits où la neige s'accumulait fréquemment.
En cela, Prévenchères est intermédiaire entre les Cévennes et le plateau. Au Nord de la commune, au bord de la vieille route romaine apparaissent pour la première fois ces pierres dressées hautes de deux mètres environ, qui indiquent au voyageur le tracé de leur chemin. Ces pierres, qui ressemblent à des bornes milliaires, sont nombreuses sur les routes du plateau aux endroits où la neige s'accumule (tous les 200 mètres sur la route de Belvezet à Montbel).
Dès la fin novembre, les grands froids sont bien arrivés:
Per Sènt Andrièu (30 novembre)
Iver, eici sus ièu
Baras portos e fenestro
Qu'interaraï ve ièu.
(Pour la Saint André, hiver, voici, je suis là. Fermez portes et fenêtres, je rentrerai malgré tout).
L'hiver est assez long. La neige tombe longtemps:
Per Sèn Blase (3 février)
La nèu jusqu'à la co de l'ase.
Prévenchères en LozèreIl faut que dès le mois d'avril le beau temps permette de faire les travaux. Les semailles finies, la pluie sera nécessaire:
Quand ploù per Sèn Medard (8 juin)
Ploù quaranto jour mati o tard.
Mais le paysan  ne doit pas perdre sa journée pour une petite pluie:
Plejo de mati
Que te gardo pas de parti
(Que la pluie du matin ne t'empêche pas de partir).
Les vents qui soufflent ici sont ceux des Causses et de la région de Mende: le soulèdre du Nord-Est, l'auro du Nord-Ouest, la traverse de l'Ouest, le " ven " du Sud, l'aïalas du Sud-Est. Les vents du Nord dominent. On dit comme sur les Causses:
De l'aïalas
Ploù noou jour sans estre las.
Mais comme dans les vraies Cévennes, les orages d'automne ravinent les pentes. En 1907 il est tombé 3 m. 322 d'eau à Villefort et 3 m. 181 en 1910.
Sol, relief, climat font de Prévenchères une commune-limite. Le climat surtout est une transition entre celui de la Margeride ou du Velay plus rigoureux. Le châtaignier atteint ici sa limite en hauteur.

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